Eh bien, nous voici déjà là pour un deuxième round !! On peut dire que le temps passe vite !
Cette fois-ci les dernières péripéties et un petit échantillon de ma vie quotidienne et de la petite routine qui commence à s’installer. Et puis également quelques bonnes nouvelles !!
Le pourquoi de ma présence sur la terre texane : mon nouveau job !
Comme promis, je vais vous raconter ce qui m’amène dans cette belle contrée qu’est le Texas ! Comme beaucoup d’entre vous le savent, je suis docteur en biologie depuis le mois de juin dernier (grand moment !). Mon grand dada depuis mes débuts dans la Recherche (depuis mon Master en somme), c’est d’étudier les interactions entre organismes et plus particulièrement les relations symbiotiques, c’est-à-dire entre un organisme hôte (le plus gros) et un symbiote (le plus petit). Généralement on classe les relations symbiotiques en trois grandes catégories : les relations parasitaires (le symbiote vit au détriment de l’hôte), les relations commensales (chacun vit sa petite vie sans embêter son partenaire) et les relations mutualistes (relation à bénéfice réciproque pour les deux partenaires). Pour ma part et pour faire simple, j’ai principalement étudié des relations parasitaires pour comprendre soit comment l’hôte se défendait face au parasite, soit pour comprendre quel facteur le parasite utilise pour réussir son parasitisme, soit pour comprendre l’impact du symbiote sur les capacités de défense de son hôte. À chaque fois, ces études n’avaient pas d’application immédiate ni en agronomie, ni en santé humaine (eh oui, c’est ça la recherche fondamentale !).
Cette fois-ci mon sujet est un peu différent : il s’agit d’étudier un parasite humain. Il s’agit d’un parasite qui est responsable d’une maladie très répandue dans les zones intertropicales : la bilharziose ou la schistosomiase (deuxième parasitose après la malaria). Cette maladie est causée par un petit vers, le schistosome (ou de son petit nom Schistosoma mansoni). Ce vers est présent chez l’homme dans le système porte mésentérique (entre l’intestin et le foie). Il faut un couple de mâle et femelle pour qu’ils puissent assurer leur reproduction. Lorsque la femelle est fécondée, elle descend toute seule au niveau de l’intestin et pond ses œufs. Une fois les œufs émis, ils traversent la paroi intestinale et se retrouvent dans les selles. Quand la personne infectée va faire ses besoins naturels, généralement au niveau d’un point d’eau, l’œuf se retrouve dans l’eau. De l’œuf émerge un petit miracidium (premier stade larvaire du parasite) qui va se mettre immédiatement à chercher un escargot pour le parasiter. Il ne cherche pas n’importe quel escargot mais une espèce du genre Biomphalaria (car il ne peut se développer que dans une espèce précise, pour des histoires de compatibilité et surtout éviter de se faire éliminer par l’escargot qui ne lui convient pas). Une fois installé dans l’escargot, il va se multiplier de façon asexuée (clonale) pour donner naissance à des milliers de cercaires (deuxième stade larvaire). Du fait de cette reproduction asexuée, l’escargot constitue un hôte intermédiaire. Il y a une raison à cette multiplication intense : il faut savoir que statistiquement la rencontre entre un parasite et son hôte est aléatoire et relativement faible, donc si vous augmentez le nombre de parasite dans le milieu (chacun des parasites issus d’un miracidium est identique à quelques petites recombinaisons près) et bien vous augmentez vos chances de rencontrer votre hôte favori. Ainsi chaque petite cercaire va se mettre à chercher un nouvel hôte humain (hôte définitif car aura lieu en son sein une reproduction sexuée). Une fois trouvé, il fracture la peau au niveau d’un bulbe pileux, reste quelque temps au niveau de la peau puis circule dans le système sanguin jusqu’à se retrouver dans le système mésentérique pour rencontrer un partenaire et recommencer le cycle. Voici grosso-modola vie de ce petit parasite. Vous me direz, certes avoir des vers dans ses veines, ce n’est pas tip-top mais s’ils ne font que pondre des œufs qui se retrouvent dans l’intestin, vous êtes bon pour des problèmes intestinaux mais sans vraiment plus de risques. Eh bien malheureusement, lorsque la femelle pond ses œufs, parfois ceux-ci ne font pas au bon endroit et se retrouvent dans le système circulatoire. Or, le système porte mésentérique présente la particularité, comme tous les systèmes portes, de transporter le sang entre deux organes sans repasser par le cœur (une petite notion d’anatomie : le sang artériel (riche en oxygène) est envoyé aux organes par le cœur et le sang veineux (pauvre en oxygène) quitte les organes, pompé par le cœur). Mais dans notre cas, le sens quitte l’intestin pour aller directement au foie (tout simplement pour apporter les nutriments et éventuellement les toxines au foie pour traitement). Donc, chez nos patients malades, ces œufs peuvent se retrouver dans la circulation et donc aller directement dans le foie. Un peu ça va, trop bonjour les dégâts ! En effet, une fois dans le foie, les œufs sont enkystés et des fibroses se forment induisant une inflammation du foie, conduisant à la mort des cellules hépatiques et à l’arrêt de la fonction hépatique (ce qui est fatal). Cette maladie touche surtout les enfants et les femmes qui ont beaucoup d’activité autour de l’eau. Les enfants porteurs deviennent des adultes diminués ce qui entraîne de lourdes conséquences au niveau socio-économique. Voilà pour le tableau (pas vraiment idyllique…). Il n’existe pas (et n’existera sans doute jamais) de vaccin, seulement des médicaments pour se débarrasser du parasite. Cependant, des résistances à ses médicaments ont émergé chez le parasite et beaucoup d’entre eux sont de moins en moins efficaces.
Pour ma part, je vais me focaliser non pas sur le parasite au stade adulte dans son hôte définitif (beaucoup de chose ont été et le sont encore) mais sur la spécificité d’interaction entre le miracidium (premier stade larvaire) et l’escargot. Plus précisément comment le miracidium reconnaît le bon escargot (spécificité de reconnaissance) et comment il ne se fait pas éliminer par l’escargot (spécificité de compatibilité). Parce que si vous comprenez cette spécificité d’interaction, vous pouvez imaginer soit jouer sur le miracidium soit sur l’escargot pour que le parasite se trompe de cible ou n’arrive plus à se développer dans l’escargot. Ainsi vous interrompez le cycle et dans l’absolu vous n’avez plus de parasite dans la nature (bon, ça ne fonctionnera jamais parfaitement mais au moins on peut diminuer la quantité de parasites). Mon étude va surtout s’attacher à identifier les gènes impliqués dans ces deux types de spécificité afin de mieux appréhender l’interaction.
En gros voilà pour ce qui est de mon futur travail. Beaucoup de boulot en perspective.
La conduite.
Passons maintenant à un sujet un peu plus léger : la conduite aux États-Unis. Vous pouvez être sûr d’une chose : si à San Antonio vous n’avez pas de voiture, vous ne pouvez aller nulle part !! Quasiment aucun transport public (quelques bus mais vu la taille de la ville, autant dire que ce n’est vraiment rien…), pas de métro, pas de RER. La voiture sinon rien. Pour ma part, je suis un petit chanceux car l’Institut dans lequel je travaille propose des voitures à la location (il n’y a pas de petits revenus). Par conséquent, mon superviseur m’en avait réservé une pour que je puisse me déplacer et ce dès le premier jour. Ainsi dès la fin de ma première matinée, j’ai pris la route en direction du cabinet médical du coin pour quelques examens (vous vous en souvenez). Bien évidemment, aux États-Unis, les boîtes de vitesses sont quasiment toutes automatiques. Même si la prise en main est assez rapide, il y a quelques réflexes qui font mal (littéralement)… Que faire de son pied gauche lorsqu’il n’y pas plus de pédale d’embrayage ? Je vous le donne en mille : on appuie sur la première pédale qui vient sous le pied à savoir le frein… Ma première marche arrière fut de toute beauté, je peux vous l’assurer ! Dans la conduite, le mot réflexe n’est pas superflu (nous sommes quelque part tous un peu des chiens de Pavlov). Vous pouvez avoir une conscience aiguë de votre environnement, après douze ans de conduite, la première chose que vous ferez en démarrant votre voiture est d’appuyer encore sur la pédale de frein… Il m’a fallu une semaine pour me contrôler. Deuxième obstacle : le frein à main ! En fait, il n’y en a pas… Le frein parking est une pédale située complètement sur la gauche. Vous l’enfoncez, le frein est enclenché. Pour libérer la voiture, il faut tirer une petite manette (style manette d’ouverture de capot). Et si vous n’y pensez pas, il n’y a qu’un malheureux voyant sur le tableau de bord pour vous le rappeler. Mais le voyant ne parle pas et lorsqu’on est un peu déphasé par un décalage horaire de 7 heures, rien ne vous empêche de faire quelques mètres sans desserrer le frein. Au final, vous sentez tout de même une gêne qui vous rappelle à l’ordre (qui a dit que je parle d’expérience…). Mais, mis à part ces deux petites particularités, on profite assez du confort que cela procure.
Me voilà ainsi parti sur les routes américaines. Le confort de votre boîte automatique devient vite un allier surtout quand on est confronté à un nouvel environnement comme les routes américaines et particulièrement les fameuses autoroutes : une autoroute à 2 x 5 voies sur laquelle on peut se faire doubler par la droite, ce n’est pas forcément dans nos habitudes… Du coup, le double d’attention est nécessaire (rétroviseurs bien réglés et radio éteinte). Mais une fois l’habitude prise, les choses sont assez simples : on se met sur sa voie et l’on en change que si l’on doit changer de direction. Parce qu’ici, les voies ne sont pas faites pour doubler mais pour s’orienter. Si vous avez saisi ce concept, vous ne craignez plus rien (ou presque). Ainsi le fait de doubler par la droite prend tout son sens et est même essentiel : de par la structure des autoroutes (embranchements et séparations d’autoroutes) et le nombre de sorties (en gros une tous les trois kilomètres), il est impensable de se comporter comme sur une autoroute française ! Si c’était le cas, la voie de droite serait complètement bouchée à chaque sortie et les voies de gauches ne seraient jamais occupées… Bien évidemment, le dépassement par la droite implique que vous n’avez pas intérêt à oublier vos angles morts et si vous vous réveillez avec un torticolis, bon courage…
Par ailleurs, il faut bien avouer que les gens conduisent dans l’ensemble assez moyennement. Les distances de sécurité : oubliez le concept. Vous entrez sur l’autoroute, regardez bien votre angle mort (me suis fait deux trois frayeurs qui m’ont bien remis en place). Vous ne souhaitez pas avoir de problèmes avec votre pare-choc, investissez dans un pare-buffle ! Pour ma part, ma voiture a le pare-choc côté avant droit enfoncé. Je vous rassure, le dommage était là avant que je ne la prenne. Pour résumer, ne faites confiance qu’à vous même et préparez-vous à appeler votre assurance à tout moment (j’ai vu un bel accrochage avec pare-choc au sol il y a quelques jours). Regardez aussi les messages d’informations sur les autoroutes qui vous informent sur quelle portion il y a eu un bel accident…
Quoi qu’il en soit, au bout de mes deux semaines de conduite, je n’ai eu aucun problème à déplorer si ce n’est quelques sorties manquées (il faut dire que se repérer est assez difficile : tout se ressemble…). D’ailleurs, le premier jour, pour rentrer chez moi, j’avais pris la mauvaise autoroute qui m’a conduit à la limite Est de San Antonio (alors que je devais aller au Nord). Enfin, ça ne m’a pas coûté grand-chose si ce n’est du temps et de l’essence… Lors de mon premier jour, j’avais lu dans un article du Times qui traînait dans la salle d’attente du fameux cabinet médical que les Américains se plaignaient du prix du gallon qui commence à attendre les $4 (soit un peu plus de $1 le litre). Ça m’avait doucement fait rigoler car en France, le prix du litre est le double. Maintenant, je rigole beaucoup moins… Tu m’étonnes que les États-Unis ne voulaient pas signer les accords de Kyoto en 1997… En deux jours, j’ai consommé le 1/4 du réservoir… Un plein me coûte $60. À raison d’un plein par semaine (même si je soupçonne que la voiture est un véritable veau), la facture pourrait s’élever à $240 par mois (soit plus élevé que ce que je consommais à Poitiers). Ici, les distances n’ont rien avoir avec les standards que l’on connaît en Europe. Un exemple : l’Institut est à 20 km de chez moi. Je mets entre un quart d’heure et vingt minutes selon le trafic (à raison d’une moyenne de 65 mph soit 105 km/h). Faire ceci en ville un matin en France, ce n’est même pas la peine d’y penser… Ici, ça ne pose pas de problèmes. D’ailleurs, je pense que c’est l’une des clés du succès et de la taille des villes américaines. Même s’il y a des bouchons pendulaires comme partout (les fameux rush hours), ça roule tout de même assez bien. Par ailleurs, je comprends maintenant pourquoi les États-Unis ont gardé le système de mesure impériale : c’est sans doute pour éviter de s’effrayer (même s’il doit y avoir des raisons plus profondes). Enfin bref, conduire à San Antonio (et aux États-Unis) est franchement une expérience à vivre !! En espérant que ces trois prochaines années soient sans encombre.
Et pour la petite anecdote, sachez que les simulations de conduites telles que GTA ou Driver (jeux vidéos pour les non-initiés) sont très fidèles autant dans le style de conduite (assez lent en ville) que dans l’environnement (vous croisez toujours les mêmes modèles de voitures). Ça m’a bien fait sourire sur le coup. Donc si vous voulez tester la conduite aux États-Unis, conduisez une voiture dans un de ces jeux 😉 !
L’alimentation.
Ah l’alimentation et les États-Unis. Vaste sujet que l’on connaît surtout par les médias ! Je dois bien avouer que ce fut une de mes craintes lorsque je suis arrivé ici : quel produit allais-je trouver ? Eh bien, ma première véritable visite dans un magasin d’alimentation a été surprenante ! Je ne vais pas retenir ce suspense haletant plus longtemps : on trouve quasiment les mêmes produits qu’en France à quelques exceptions près !! Le rayon légume est plus que fourni : salades, tomates, avocats (ça, c’était certain), choux de chine, artichauts (si si !), brocolis, céleris, carottes, courges, épinards, champignons (de Paris et autres), et j’en passe. Côté viande, pas trop de surprises : belles pièces de bœuf, poulet, saucisses, jambon (cuit, le cru (serrano) coûte une petite fortune). Il y a du fromage et pas qu’un peu : Brie, fromages de chèvre, fromages à pâte pressée !! La seule chose que je n’ai pas trouvée est le gruyère râpé (mais ils ont de la mozzarella râpée qui fera très bien l’affaire). Niveau condiments, il y a aussi tout ce qu’il faut : sel (La Baleine, je n’ai pas pu résister, j’en ai acheté), poivre, cannelle, et autres (mais pas de bouquets garni). Il y a aussi de l’huile d’olive (étant un grand consommateur, c’était une nouvelle plus qu’excellente) et du vinaigre balsamique. Vous pourrez aussi trouver des pâtes, du riz et des conserves (petits pois et haricots French Style (sic)). Bien évidemment, vous avez aussi un rayonnage produits surgelés impressionnant : en fait pas tant les produits pour cuisiner (style poissons et crevettes) que les produits déjà cuisinés. Vous pourrez trouver de tout. Préférant faire moi-même ma tambouille histoire de rester en contact avec ma culture, je ne m’y suis pas attardé. Autre chose également très surprenante : la quantité de produits traduits en français. Je ne pensais pas qu’il y en aurait autant. Je suppose que l’influence de la Louisiane proche n’y est pas étrangère. Donc comme vous le voyez, de vraies bonnes surprises. Et pour clôturer le tout, vendredi soir, j’ai appris que l’on pouvait trouver du pain français dans un magasin particulier (à suivre). Franchement une bonne nouvelle !!
Côté infrastructure, il faut savoir qu’ils ont bel et bien des chaînes types Leclerc et autres mais ils n’ont pas vraiment d’hypermarchés (de ce que j’en ai vu pour le moment). C’est plutôt du style supermarché assez petit. Ce qui n’est pas plus mal, surtout quand vous avez du mal à prendre vos repaires et que vous faites trois fois le tour du magasin !
Voilà pour les quelques moments de vie à San Antonio. Quelques bonnes nouvelles tout de même : un compte en banque d’ouvert, la réception cette semaine de mon numéro de sécurité sociale (enfin j’existe !! Moi qui pensais que ça prendrait deux semaines) et donc bientôt une connexion internet à la maison !!
J’espère que ce petit récit vous aura diverti !! Pour la prochaine fois, ce sera la surprise (de quoi pourrais-je bien vous parler)
Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne semaine et vous dis à bientôt !!